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PRIMEURS 2017 - CLASSIQUE - AVANTAGE MERLOT

PRIMEURS 2017 - CLASSIQUE - AVANTAGE MERLOT

RESUME

On peut voir dans le millésime 2017, précoce, sec et chaud, les conditions d’un grand millésime en rouge.

Il a pourtant un premier handicap et non des moindres : le gel meurtrier fin avril qui détruit 50% du vignoble. Les viticulteurs sont obligés de pratiquer à un mois d’intervalle, les mêmes travaux viticoles et le cas échéant deux récoltes décalées, avec des raisins de seconde génération incomplètement mûrs.

Si la floraison se passe bien et dans les temps pour les vignes non gelées, trois épisodes de pluie mal placés contrarient le bon déroulement du millésime :

  • Juin très pluvieux (+140%/N), surtout en fin de mois, retarde la véraison - changement de couleur des baies – jusqu’à début août et, de fait, retarde la maturation.
  • La première quinzaine de septembre, froide et humide (70 mm entre le 1er et le 16), ne rend pas optimiste pour une maturité complète des parcelles les plus tardives.
  • Après une période de beau temps, du 17 au 28 septembre, qui permet de récolter les raisins mûrs des terroirs les plus précoces, les pluies de fin septembre - début octobre et la forte chaleur ambiante, provoquent une pourriture grise galopante.

Ce contexte précipite la fin des vendanges des cépages les plus tardifs, particulièrement le cabernet sauvignon sur certaines parcelles, même si la maturité phénolique (tannins) n’a pas été atteinte.

Le titre « Avantage - Merlot » reflète la tendance générale sur l'ensemble des vins dégustés que les vins de la rive droite - majoritairement merlot - sont, en termes qualitatifs, un cran au-dessus des vins de la rive gauche à dominante cabernet-sauvignon.

Il faut néanmoins pondérer ce point de vue. Et considérer que les plus grands terroirs de la rive gauche, qui n'ont pas gelé en général et qui, du fait de leur précocité, ont vendangé le cabernet-sauvignon avant l'arrivée fulgurante de la pourriture grise fin septembre, sont à même de figurer parmi les plus grands vins du millésime.

Et par ailleurs faire remarquer que certains crus de la rive gauche ont une bonne proportion de grands merlots (Margaux, Saint-Estèphe, Pessac Léognan) dans leur encépagement, qui, s'ils ont résisté au gel, ont pu participer généreusement à la grandeur de certains vins de 2017.

2017 en rouge est un bon millésime, classique au sens où le climat océanique à des moments clés (pluie, défaut d’ensoleillement en juillet et septembre), privilégie la finesse, l’élégance, la fraîcheur, au détriment de la puissance. Il pourrait s’affilier, avec toutes les réserves d’usage, à de bons ou très bons millésimes ayant connu une réussite particulière du merlot : 2012, 2001, 1998, 1995, 1985 et beaucoup plus loin 1964.

La bonne surprise du millésime 2017, revient aux vins blancs secs dont la récolte précoce, fin août, a lieu avant l’arrivée des pluies. Souvent situés sur des parcelles froides, donc gélives – à la différence des rouges – les cépages blancs   subissent fortement le gel. Ce qui réduit drastiquement leur volume et par là même concentre les vins sans que prévale le caractère aromatique excessif du cépage sauvignon.  La grandeur de 2017 en blanc sec est à rapprocher du fameux 2011.

Les vins liquoreux 2017 sont sauvés par un mois d’octobre radieux au cours duquel les raisins « botrytisés » se  concentrent. Durement touchées par le gel, les AOC de vins liquoreux (Barsac, Sauternes), produisent peu, moins de 10 hl/ha en moyenne. La qualité est bonne, les vins sont purs et très élégants sans pour cela atteindre le volume, l’ampleur et la richesse de millésimes antérieurs.

Pour poster un commentaire et s'abonner aller à la fin de l'article.

DEROULE DU MILLESIME

Un gel historique, inédit depuis 1991.

Après un mois de mars très sec (- 70%/N), ensoleillé (+50%/N) et chaud (+2°C), la vigne « débourre » le 25 mars avec une semaine d’avance, sa croissance s’accélère. Mis à part 2011, 2017 est le millésime le plus précoce depuis 20 ans.

Un refroidissement subit, jusqu’à – 5°C, anéantit 50% du vignoble (1), les 20, 21, 27, 28 et 29 avril. Les jeunes pousses de 5 à 10 cm de long et leurs inflorescences riches en eau, sont plus ou moins détruites.

Des vignobles historiquement peu gélifs, souvent en hauteur - les masses d’air froid ont tendance à descendre, à se maintenir près de bois limitrophes – sont plus ou moins épargnés, parfois totalement.

C’est le cas de ceux qui regardent l’estuaire de la Gironde : Saint-Estèphe, Pauillac, Saint-Julien, Margaux, Blaye, Bourg. Tout en précisant que ces crus ont aussi des vignes plus à l’intérieur des terres pouvant être plus ou moins gelées.

Les plateaux de Saint-Emilion et de Pomerol sont globalement moins gelés, certains crus sont totalement indemnes. La gelée est excessivement jalouse et aux extrêmes, des crus font un rendement normal alors que d’autres ne produisent rien (2).

Les parcelles touchées mettent un mois avant que les contre-bourgeons ne démarrent.

Un beau mois d’avril sec (-70%/N), chaud (+2°/N) et très ensoleillé (+ 50%/N), réveille la vigne stressée par le gel.    

Une floraison groupée et homogène

Le mois de mai y est propice ; il est chaud (+2°5 / N), sec (+40%/N) et ensoleillé (+20%/N). Les ceps non gelés fleurissent entre le 24 mai et le 10 juin, à une date normale, de façon groupée, homogène et sans coulure.

La seconde génération

En même temps, parfois sur le même pied, apparaissent les rameaux de seconde génération (3), plus ou moins fructifères et dont la floraison intervient fin juin, avec un mois de retard.

Outre la perte de récolte, le vigneron doit assumer le double de travaux viticoles, d’abord sur la partie épargnée puis, un mois après, sur la végétation de seconde génération, sans parler des vendanges à plusieurs vitesses et des tris à la vigne et au chai.

Enfin, triple peine, le gel pénalise la taille de l’année suivante.

Juin très humide

Le mois de juin normalement ensoleillé (+ 10%/N), chaud (+ 2°8/N) est très pluvieux (+ 140%/N (50mm)), avec, selon les AOC, 60 à 120 mm de pluie entre le 26 et le 30 juin. Cette humidité associée à la chaleur entretient la croissance et repousse au mois de juillet le stress hydrique qui réoriente l’activité métabolique en faveur des raisins (véraison et maturation).

Juillet sec et chaud

Avec un mois de juillet normalement chaud, peu ensoleillé ( -25%/N) et très sec (- 45%/N), la croissance est freinée. La véraison – acquisition de la couleur des raisins – se passe dans de bonnes conditions avec de fortes chaleurs, du 20/07 au 5/08, selon les cépages. Néanmoins la maturation, avec un ensoleillement déficitaire, peine à démarrer.

Août sec et chaud, ça bloque

Août est normalement ensoleillé, sec (– 45%/N) et chaud (+ 2°/N), surtout en fin de mois. La vigne accuse le coup de la sécheresse, surtout sur les sols filtrants (sableux, sablo-argileux), ce qui ralentit la maturation.

La grêle affecte quelques domaines le 27 août (Graves).

Septembre frais et humide au début

Dans sa totalité, le mois de septembre se révèle peu ensoleillé (- 20%/N), frais (-2°/N) et relativement sec (- 15%/N).

Les quinze premiers jours du mois sont froids et humides avec de fortes pluies autour du 15 ; la maturité avance doucement. La chaleur de fin de mois achève la maturité des terroirs précoces, particulièrement du cépage merlot.

La pourriture grise est menaçante.

LES VENDANGES

Pour les parcelles gelées, la situation totalement inhabituelle est très complexe à gérer. Certains crus éliminent les grappes de seconde génération avant les vendanges, d’autres par marquage des pieds touchés, décident de les récolter et de les vinifier à part.

Les vins blancs secs

Débutée précocement à partir du 20 août, la cueillette se passe dans d’excellentes conditions jusqu’à début septembre.

Les vins rouges

La majorité des 70 mm de pluie du mois de septembre tombe entre le 1er et le 16.

C’est pendant cette période et les 8 jours suivants, avant que les raisins ne soient dilués et atteints par la pourriture grise (4), que les terroirs les plus précoces plantés de merlot, sont vendangés : Pomerol, plateau de Saint Emilion où ce cépage est dominant, ainsi que ceux de la rive gauche, particulièrement Margaux, Saint-Estèphe et Pessac Léognan, dont certains crus ont un encépagement en merlot qui peut dépasser 40%.

Le cabernet-sauvignon, cépage majoritaire rive gauche, plus tardif que le merlot, est cueilli par un temps chaud et sec, à partir du 18 septembre pour les crus les plus précoces en bordure de l’estuaire et à Pessac-Léognan.  A la faveur du gonflement des baies  qui fragilise la pellicule et de températures diurnes autour de 28°C, la pourriture grise commence à se répandre  puis devient galopante avec les pluies du 29 septembre au 3 octobre. Cet épisode précipite la cueillette des parcelles de cabernet-sauvignon les plus tardives, quitte à récolter des raisins incomplètement mûrs, voire atteints de pourriture grise. Dixit plusieurs producteurs : « C’était ça ou tout perdre ! ».

Les vins liquoreux

La pourriture noble s’installe après les pluies de la première quinzaine de septembre. Le temps beau et sec qui suit est favorable à la concentration des raisins. Plusieurs tries se succèdent jusqu’à la fin du mois d’octobre qui connaît un été indien : chaud (+ 2°/N), sec (- 85%/N) et ensoleillé (+ 25%/N).

A cause du gel les volumes moyens sont faibles : Sauternes 11 hl/ha et Barsac, plus touché par le gel, 7 hl/ha.

LA QUALITE DES VINS BLANCS SECS

La maturation des raisins au mois d’août au cours d’une période sans pluie du 10 au 25, est idéale. Les températures diurnes normalement chaudes et les nuits fraîches sont de bon augure. De fait, l’acidité et les précurseurs d’arômes se maintiennent à un bon niveau.

Situées dans les zones les plus fraîches, les vignes blanches sont  très éprouvées par le gel. Ce qui réduit drastiquement les volumes et renforce en contrepartie la structure des vins.

La dégustation des vins les plus réputés des A O C concernées – Bordeaux blanc, Entre deux Mers, Graves blanc, Pessac-Léognan blanc, témoigne de la richesse et de l’équilibre des vins. L’arôme du sauvignon, souvent exubérant sinon violent dans d’autres millésimes, est contenu et complexifié par la présence du sémillon. La densité notable des vins est soutenue par une acidité de bon aloi.

Il faut remonter à 2011, d’influence océanique en fin de cycle, pour déguster des blancs secs bordelais de cette pointure, leur donnant ainsi l’assurance d’un heureux vieillissement.

LA QUALITE DES VINS ROUGES

La dégustation des vins rouges des deux rives confirme, dans l’ensemble, le profil différent des vins majoritairement cabernet-sauvignon (rive gauche) et des vins majoritairement merlot (rive droite).

La rive gauche présente le plus d’irrégularités du fait d’une certaine immaturité du cabernet sauvignon qu’on récolte sur certaines parcelles plus tôt que prévu, en toute fin de mois, à cause de la pourriture grise.  

L’odeur et le goût du grand vin d’un certain nombre de Grands Crus Classés dominés par le cabernet sauvignon dans l’assemblage, montrent des signes d’immaturité du raisin : des notes végétales à type de buis, feuille de cassis, foin coupé… émergentes de façon significative au-dessus des notes fruitées. Cette sensation s’accompagne en bouche d’une finale dure et fortement astringente que signent des tannins carrés, crochus, mordants, si ce n’est amers pour ceux qui sont trop extraits.

Ce manque de maturité du cabernet sauvignon, éventuellement associé à une atteinte par la pourriture grise, se traduit à l’analyse par un indice tannique bas, à peine supérieur en moyenne à celui de 2013.

En cela, on peut affirmer que 2017 en rouge, est plutôt un millésime en faveur du merlot, donc, caricaturalement, un millésime rive droite.

Nombre de crus de la rive gauche échappent néanmoins à ce constat, notamment les plus Grands Crus Classés situés face à l’estuaire qui cueillent un cabernet sauvignon mûr et qui, raison de plus, introduisent dans l’assemblage du grand vin une proportion importante de merlot, principalement à Margaux, Saint Estèphe et Pessac-Léognan.

Dans la généralité des plus grands crus, les grands gagnants du millésime sont ceux de Pomerol et du plateau de Saint- Emilion où se trouve la majorité des Grands Crus Classés de l’appellation. Cette opinion est renforcée par la grande réussite du cabernet - franc, vendangé mûr avant le 1er octobre pour ceux qui en ont une forte proportion dans leur encépagement sur des parcelles précoces (Lafleur, Ausone, Cheval-Blanc…).

Les tenants du classicisme bordelais (voir ci-après) élaborent avec une certaine régularité de très beaux vins dominés par le merlot :

La couleur est soutenue ; le fruit frais est pur et intense, l’architecture plutôt longiligne est sous-tendue par une bonne acidité et le degré alcoolique est contenu par rapport aux millésimes précédents. Les tannins sont assez souples sinon aimables et parfois onctueux.

Le style : Bordeaux retrouvé

Les vins n’ont pas les dimensions des 2015 ou 2016, mais s’inscrivent dans une lignée de millésimes au style classique (océanique en partie). Des vins plutôt verticaux qui privilégient la finesse plutôt que la puissance. La filiation globale de 2017 avec 2012 (réussite du merlot) ou avec 2008, lui va bien.

Le style des 2017 est très bordelais, puisque la majorité des millésimes sont océaniques (5), donc classiques. Il est d’autant plus apparent à la dégustation que la course aux gros vins, surdimensionnés et lourds, ces « blockbusters » qu’affectionnait Robert Parker, tombent lentement en désuétude. La critique est redevenue plurielle et le retour à l’orthodoxie, pour nombre de crus – alors que certains ne l’ont jamais quittée – est flagrante.  C’est d’ailleurs à Saint-Emilion où la mode des vins de garage avait lancé dans les années 1990, cette course effrénée à la concentration et au sur-boisage, que ce renouveau, salvateur de grands terroirs, se fait le plus sentir.

La filiation

Pour trouver un millésime plutôt rive droite ayant des similitudes avec 2017, outre 2012, il faut remonter à 2001, 1998, 1995, 1985 et beaucoup plus loin à 1964.

A ce jeu-là des ressemblances, l’expérience nous enseigne cependant la plus grande humilité.

D’abord parce que cet avis repose sur la dégustation en primeur à laquelle il faut associer toutes les réserves d’usage. Et que 2017 a été gelé à 50% avec, dans nombre de chais, la présence de vins de seconde génération dont l’affectation peut encore être indéterminée. (6)

Ensuite, la manière toute manichéenne de titrer l’article « Avantage - Merlot » doit être pondérée et se nourrir de l’expérience de la dégustation où certains vins de la rive gauche, au bout de 10 à 15 ans, à dominante cabernet sauvignon, peuvent parfois supplanter à l’aveugle, ceux de l’autre rive qui, pourtant au départ, étaient donné gagnants.

Les vins rouges de 2017 ne sont pas armés pour un très long vieillissement. Beaucoup de rouges 2017 commenceront à se déguster favorablement d'ici 7 à 10 ans, certains peut être avant.  Le potentiel des vins les plus réussis, principalement rive droite, les amènera à se maintenir jusqu'en 2035.

LA QUALITE DES VINS BLANCS LIQUOREUX

Après la première quinzaine de septembre humide, la pourriture noble s’installe. Puis à partir du 18, à la faveur d’une période ensoleillée, chaude et sèche, les premières "tries" débutent. On cueille, jusqu’à la fin d’un mois   d’octobre radieux, chaud - (+2°/N), très sec (- 85%/N) et ensoleillé (+ 25%/N), des raisins mûrs et « botrytisés » de belle facture.

Malheureusement, les volumes récoltés sont faibles : 11 hl/ha en moyenne à Sauternes et 7 hl/ha à Barsac.

La dégustation des crus les plus notables donne un aperçu très positif de la qualité des vins liquoreux de 2017 :

Une grande pureté aromatique dominée par un fruit frais intense où se mêlent quelques notes de fruits exotiques et de fruits confits ; la bouche révèle un bel équilibre alcool/liqueur avec une richesse moyenne. Le style, plutôt vertical, comme celui des vins rouges, se développe dans la finesse. Et en cela on a en mémoire les bons vins liquoreux de 2011.

Pour prétendre à être qualifiés de grand millésime comme en 2009, 2010, 2015, 2016, ce que souhaiteraient les producteurs tant affectés par le gel, il faudrait aux liquoreux 2017, plus de volume, d’ampleur, de richesse et surtout plus d’acidité qui n’a rien à voir avec celle présente dans les vins secs.

  1. Considéré comme aléatoire et rare - Bordeaux n’a pas connu un gel d’une telle ampleur depuis 1991 – le risque est peu assuré. D’autant que les primes de 400 €/ha ne couvrent que les dégâts au-dessus de 30 % (franchise). Ce gel rappelle cependant que les cépages bordelais, particulièrement le merlot et le cabernet sauvignon, se situent à la limite nord de leur survie
  2. Plusieurs dizaines d’exploitations dont plusieurs Grands Crus Classés rive gauche comme rive droite, ne feront pas de vin.
  3. Au bout de quelques jours, le bourgeon axillaire à la base du rameau gelé, dit contre-bourgeon, assure la relève.
  4. Il faut un certain temps pour que l’eau des pluies de la première quinzaine remonte dans les raisins.
  5. 56 millésimes sur 73 millésimes, de 2017 à 1945, sont qualifiés d'océaniques.
  6. Les raisins issus de la seconde floraison, moins mûrs, plus acides, ont-ils été écartés à la vendange ou vinifiés à part pour être intégrés au grand vin, faire du second vin ou tout simplement être vendus en vrac

 

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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur

Commenter cet article

Angelilie 08/06/2018 01:38

Beau blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). Au plaisir

Vatus 28/04/2018 11:02

Bravo pour cet article fouillé et éclairant avec pertinence sur ce dernier millésime.